16 janvier 2025, 13h00 (GMT)
La Docteure Azza Karam est fondatrice et présidente-directrice générale de Lead-Integrity, cabinet international de conseil consacré au bien commun et à l’autonomisation des femmes professionnelles inspirées par la foi. Elle a auparavant dirigé le Partenariat pour l’apprentissage des femmes et exercé les fonctions de secrétaire générale de la Conférence mondiale des religions pour la paix.
Son parcours s’inscrit dans plus de vingt années d’engagement au sein du système des Nations Unies, où elle a coordonné les Rapports arabes sur le développement humain. Elle a également cofondé et présidé plusieurs instances multilatérales, notamment le Groupe de travail inter institutions sur la religion et le développement ainsi que le Conseil consultatif multiconfessionnel, tout en animant des dispositifs de dialogue stratégique sur les relations entre religion, développement et diplomatie.
En parallèle, elle mène une activité académique internationale en tant que chercheuse et enseignante. Auteure de nombreuses publications traduites, elle a reçu plusieurs distinctions, dont un doctorat honoris causa décerné par l’Université John Cabot de Rome.
La Docteure Azza Karam développe une analyse socio-théorique des conditions contemporaines de la cohésion sociale dans des contextes marqués par la crise, la fragmentation culturelle et la polarisation religieuse. Son approche s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire mobilisant la sociologie des religions, les sciences politiques et les études du dialogue interreligieux, afin d’éclairer les transformations structurelles du lien social.
Dans un premier temps, elle examine des configurations sociales caractérisées par la multiplication des lignes de fracture. Elle montre que les appartenances religieuses participent simultanément à des dynamiques de différenciation identitaire et à la structuration normative des collectifs. Les représentations sociales de la différence religieuse apparaissent ainsi comme des opérateurs ambivalents, susceptibles d’alimenter des logiques de conflictualité ou, au contraire, de favoriser des processus de reconnaissance mutuelle et de cohabitation pacifiée.
Dans un second temps, elle analyse les relations complexes entre pluralisme religieux, cohésion sociale et stabilité politique. Elle critique une conception réductrice du dialogue interreligieux, souvent limité à un simple échange discursif, et propose de le reconfigurer comme un dispositif d’engagement structurant, porteur d’effets transformateurs sur les relations sociales.
Cet engagement est compris comme un processus à la fois communicationnel, éthique et normatif, visant la recomposition du lien social, la désactivation des logiques de clôture identitaire et la promotion de formes durables de coopération intercommunautaire. L’analyse des perceptions réciproques entre groupes religieux est ainsi envisagée comme une condition épistémologique préalable à toute politique de cohésion efficace.
Enfin, elle met en évidence la portée normative et transformatrice de cet engagement interreligieux, conçu comme un levier de pacification sociale et de consolidation de la paix dans des sociétés caractérisées par une pluralisation croissante des appartenances et des cadres de sens.